« Didon et Enée » de Purcell-Sacha Waltz : un opéra en apesanteur

Musique, danses et chansons : les ados adorent ! Hélas, notre quotidien baigne trop souvent dans un univers musical commercial et formaté, animé de mélodies qui finissent un jour par toutes se ressembler. Nous manquons d’air(s) frais !

Alors, pourquoi ne pas découvrir l’opéra ? L’invitation de nos professeurs, concrétisée par l’opération «opéra » du 11 janvier, a soulevé chez nous l’étonnement, puis une curiosité teintée de doute. Nous sommes totalement étrangers à ce genre musical, hermétiques à la musique classique qui semble venir d’un autre âge.

Et pourtant ! L’opéra « Didon et Enée » de Purcell, mis en scène par Sacha Waltz, a finalement emporté nos réticences dans un flot de sensations inoubliables. Le spectacle fut complet, visuel et sonore, nous offrant l’impression de planer dans un monde aérien animé de danses belles et étranges, à la signification parfois incompréhensible. L’effet fut totalement neuf pour nous, à la fois fascinant et déroutant.

Dès la première scène, le ton fut donné. Dans un énorme aquarium, des danseurs ondulaient en mouvements harmonieux, illustrant les pensées entremêlées qui torturent les héros. Voilà qui n’est pas très courant à l’opéra !

De plus, chaque rôle était tenu par deux acteurs : un chanteur et un danseur, sans doute pour exprimer séparément les actes et les pensées des personnages. Cela donnait un spectacle tout en harmonie, où le mouvement d’ensemble était parfaitement réglé. Malheureusement, bien des subtilités nous ont échappé, car nous ne disposions pas de plusieurs paires d’yeux pour tout visionner !
Autres surprises : le dépouillement du plateau et la nudité des danseurs ! Cette sobriété en toile de fond donnait une impression d’irréel, comme si les héros vivaient leur mauvais rêve dans un environnement artificiel hors du temps. Chants et danses occupaient totalement l’espace visuel et acoustique ; c’est pourquoi j’ai oublié le décor et me suis sentie aspirée par l’ambiance, éblouie et l’esprit en apesanteur. Les chœurs m’ont particulièrement impressionnée par leurs vocalises et ballets parfaitement synchronisés. L’opéra de Purcell, mis en scène par Sacha Waltz, raconte l’amour impossible entre Didon et Enée. Ils sont victimes du destin, du devoir et de la méchanceté des sorcières. Le tragique de leur situation donne toute sa dimension à l’œuvre de Purcell. Hélas, lors de la représentation du 11 janvier, j’ai très souvent perdu le fil de l’intrigue, mon attention trop captivée par la beauté des chorégraphies et des chants. Certains intermèdes décalés ont quelquefois interrompu la magie de l’instant, laquelle revenait de plus belle au tableau suivant ! Commencé dans l’eau de l’aquarium géant, l’opéra se termina dans le feu, symbolisant à quel point le destin consume la vie des hommes, jouets des éléments et des dieux. La terre, l’air, l’eau, le feu, le bruit et la lumière furent évoqués à tour de rôle, placés en toile de fond de cet opéra baroque mis en scène par une artiste innovante. Le résultat final est époustouflant !

Je ne le dirai jamais assez : la représentation a passé trop vite. L’ai-je savourée à sa juste valeur ? Cet univers m’était entièrement inconnu ; j’y ai découvert des horizons insoupçonnés où l’on cesse de tourner en rond dans son train-train musical. Personnellement, cette première visite à l’opéra demeurera une expérience inoubliable, une évasion de l’âme, un dépaysement des sens qu’il me tarde de renouveler.

Marie Leyder 5GT2

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